Le Bureau des longitudes

Henri Poincaré fut nommé membre titulaire du Bureau des longitudes en 1893, secrétaire pour les années 1896 et 1897, puis Président du Bureau en 1899, 1909 et 1910. Cette activité a laissé des traces dans les procès-verbaux des séances, à raison de cinq cents manuscrits.11Des numérisations et transcriptions des procès-verbaux du Bureau des longitudes de 1795 à 1932 ont été mises en ligne par Laurent Rollet et Martina Schiavon. Selon l’historien Peter Galison, Poincaré considérait le Bureau des longitudes comme le point de convergence de la technique et la science (Galison 2003). À propos de l’histoire du Bureau, on peut consulter Bigourdan (1927), Feurtet (2005), et Schiavon (2016).

La correspondance de Poincaré en rapport avec le Bureau des longitudes témoigne non seulement de la grande variété de sujets traités et étudiés au sein de cette institution, mais également de la nature et de l’étendu de l’engagement de Poincaré dans les affaires du Bureau. Ces échanges permettent de mieux comprendre pourquoi Poincaré s’intéresse à certains sujets comme, par exemple, la mesure du géoïde, ou la décimalisation du temps.

Sur le Bureau des longitudes on rappellera qu’il fut crée le 25 juin 1795 par une loi de la Convention nationale (Assemblée nationale française). Il avait alors la fonction de reprendre “la maîtrise des mers aux Anglais” grâce à l’amélioration de la détermination des longitudes en mer. Ensuite, le Bureau des longitudes fut chargé de calculer et publier les éphémérides (la Connaissance des Temps) et un Annuaire propre “à régler ceux de la République”. Entre 1877 et 1949 il édite en outre les Annales du Bureau des longitudes.

À partir de 1854, cette institution donne un élan nouveau aux études de géodésie : un décret impérial confère de nouvelles attributions aux membres du Bureau, parmi lesquelles rechercher et provoquer “les progrès que l’état de la science comporte, soit dans le domaine de l’astronomie et de la mécanique céleste, soit dans le vaste cercle de leurs applications journalières à la navigation, à la géodésie, à la géographie et à la physique du globe” (Delaunay et al. 1863). Au sein du Bureau des longitudes sont désormais admis de nouveaux représentants du ministère de la Guerre, de la Marine et du corps des ingénieurs hydrographes. Sous l’impulsion des savants du Bureau des longitudes, et notamment de l’astronome Hervé Faye, de jeunes acteurs militaires sont ainsi admis sur la scène scientifique française, dont le capitaine François Perrier, chargé des grandes opérations géodésiques au XIXe siècle (Schiavon 2010, 2014).

L’annotation de la correspondance de Poincaré à propos du Bureau des longitudes s’appuie sur les registres des séances du Bureau, couvrant la période d’activité de Poincaré (1893–1912). Dans le chapitre dédié au courrier du Bureau des longitudes, nous voyons comment Poincaré collaborait avec des individus de milieux variés: des académiciens, des officiers militaires, des marins et des fabricants d’instruments de précision. De même, cette correspondance témoigne de la grande variété des questions traitées au sein du Bureau, concernant, entre autres, le fonctionnement des observatoires, la mesure des arcs, l’observation des éclipses et du passage de Vénus, l’organisation de la célébration du bicentenaire du mètre, et la transformation de la Tour Eiffel en station d’émission d’ondes hertziennes pour la télégraphie sans fil.

Time-stamp: "29.11.2016 11:39"

Références