2-4-1. H. Poincaré to Henri Becquerel

[Ca. 16-20.01.1882]

Mon cher ami,

Si tu le permets je vais mettre le point sur le papier.11Le mot “point” est souligné, vraisemblablement par H. Becquerel. Par la suite, Poincaré omettra à deux reprises de mettre le mot “zéro” sur le papier. Je prends mes deux solénoïdes, je fais passer le courant, je les rapproche d’un inf. petit d, j’interromps le courant et je ramène mes solénoïdes à leur situation primitive. Nous devons nous retrouver à [zéro],22Poincaré voulait dire “retrouver à zéro”, mais il a omis volontairement de mettre le zéro “sur le papier”. puisque nous avons décrit un cycle. Or soient E et E les deux forces électrom[agnétiques] des deux piles, i et i les deux intensités, Aiid le travail produit par le rapprochement, εiddt et εiddt les deux forces électrom. d’induction. Nous aurons :33Le tableau comporte deux erreurs de signe. Pour “Travail mécanique” il faut lire : -Aiid, et pour “Chaleur dans le circuit” il faut lire : (+εiddt)idt.

pendant l’aller pendant le retour
dépense de la 1re pile Eidt 0
dépense de la 2e pile Eidt 0
Travail mécan. Aiid 0
Chaleur dans le 1er circuit (E-εiddt)idt 0
Chaleur dans le 2d (E-εiddt)idt 0

d’où je tire :

A=ε+ε. (1)

Je remplace maintenant le second solénoïde par un aimant équivalent de telle sorte que A et ε restent les mêmes. Je fais passer le courant, je rapproche de d; j’interromps le courant, j’éloigne, il se produit dans le solénoïde un courant d’intensité i′′. Si l’aimant ne s’est pas désaimanté (et il ne suffirait pas d’une désaimantation passagère mais il faut qu’elle soit permanente), on a décrit un cycle et on doit encore se retrouver à [zéro.]44Poincaré voulait dire “on doit se retrouver à zéro”, mais il a omis encore une fois de mettre le zéro “sur le papier”.

pendant l’aller pendant le retour
dépense de la pile Eidt 0
Travail mécan. Aiid -Aii′′d
Chaleur dans le circuit (E-εiddt)idt (+εiddt)i′′dt
Chaleur dans l’aimant Q

d’où je tire :

Ai(i-i′′)d+εi(i′′-i)d+Q+R=0

(-R étant la perte d’énergie due à la désaimantation, s’il y en a). Ou en tenant compte de (1) :55Poincaré a négligé un facteur d; on doit lire: Q+R=-εi(i-i′′)d.

Q+R=-εi(i-i′′)

Or je puis faire le second déplacement assez lent pour que i′′ soit aussi petit que je veux.

Je ne puis croire que Q soit nul, voici pourquoi, supposons qu’il ne le soit pas, R devrait être négatif; alors en répétant un nombre suffisant de fois l’opération en question on désaimanterait complètement l’aimant. Mais alors en faisant l’opération inverse un certain nombre de fois, on pourrait augmenter indéf. l’aimantation ce qui ne se peut puisque la capacité est limitée.

Il faut donc Q<0, c’est-à-dire que l’aimant se refroidisse.66Poincaré emploie un raisonnement semblable à celui de William Thomson (1878), sauf que ce dernier ne propose pas de répétition de l’opération. À partir des années 1930, la désaimantation adiabatique permet d’abaisser la température d’une substance paramagnétique et d’approcher de très près le zéro absolu.

Que penses-tu du point. Si tu me trouves bête, cela ne fait rien.77Becquerel n’accepte pas l’analyse de Poincaré; voir sa réponse du 24.01.1882 (§2-4-2).

Tout à toi,

Poincaré

ALS 4p. Collection particulière, Sceaux.

Time-stamp: "19.03.2015 01:57"

Références