2-9-28. René Blondlot to H. Poincaré

Nancy le 7 Avril 1905

Mon Cher ami,

Je reviens sur un point important de votre lettre.11La lettre de Poincaré nous manque. Vous dites : « il me semble que, l’étincelle une fois réglée, l’opération pourrait être achevée par un non-voyant quelconque…  ». Il y a là autre chose qu’une présomption, car l’épreuve s’en trouve avoir été faite depuis longtemps sans qu’on l’ait cherchée. En effet, Gutton qui, dans les expériences photographiques, a fait un très grand nombre de fois la manœuvre du chassis, n’a jamais, me dit-il, réglé lui-même l’étincelle.22Camille Gutton. Je n’avais jamais fait attention à cette circonstance, mais je me ressouviens maintenant parfaitement que le réglage a toujours été fait par Virtz ou moi.33Lucien Virtz est préparateur de physique à la faculté des sciences de Nancy. Une note de Blondlot (1904) montre son dispositif photographique.

Plus encore, il est arrivé que l’appareil est resté réglé d’un jour à l’autre sans qu’on eût besoin d’y toucher pour obtenir de bonnes photographies.

Le téléphone est un contrôle très précieux. Un perfectionnement a été introduit depuis plusieurs mois dans la manœuvre du chassis : celui-ci étant d’abord placé dans la position symétrique, on l’ouvre d’abord, puis c’est seulement ensuite que l’on commence les poses alternées, que l’on termine en ramenant le chassis dans la position symétrique et le fermant ensuite. On évite ainsi les erreurs de durée de pose qui pourraient provenir de l’ouverture et de la fermeture du chassis au début et à la fin des poses alternées. Le voile (insignifiant d’ailleurs), qui peut se produire pendant les 2 intervalles de temps très courts où la plaque est dans la position symétrique, est lui-même symétrique et n’introduit aucune perturbation.

Le chassis est manié à l’aide d’une longue tige qui sort latéralement de la caisse où se fait la photographie; un repère indique la position moyenne du chassis et des butoirs limitent la course du chassis dans les poses alternées.

Si MM. Becquerel & Broca ont confié à un constructeur la construction de leur appareil, je ne suis pas sans appréhender les conséquences de l’esprit de perfectionnement que l’on rencontre chez la plupart de ces professionnels.44Jean Becquerel et André Broca; voir Blondlot à Poincaré, 02.04.1905 (§ 2-9-27). Il faut surtout éviter la multiplication des pièces collées, ou vissées, ou serrées, parce que tout cela agit sur l’étincelle. Mes observations sont complètement d’accord avec les expériences que M. Chaumann a décrites dans les C.R., et qui sont déjà bien anciennes.55Il s’agit probablement de Gustav Jaumann (1863–1924), qui enseigne la physique à la Technische Hochschule de Brünn (Brno). Sa note (Jaumann 1896) sur la déviation électrostatique des rayons cathodiques fut communiquée par Poincaré à l’Académie des sciences de Paris.

Bien cordialement à vous,

R. Blondlot

ALS 4p. Collection particulière, Paris 75017.

Time-stamp: "19.03.2015 01:57"

Références

  • R. Blondlot (1904) Enregistrement, au moyen de la photographie, de l’action produite par les rayons N sur une petite étincelle électrique. Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences de Paris 138, pp. 453–457. External Links: Link Cited by: 2-9-28. René Blondlot to H. Poincaré.
  • G. Jaumann (1896) Déviation électrostatique des rayons cathodiques; réponse à M. H. Poincaré. Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences de Paris 122, pp. 988–990. External Links: Link Cited by: 2-9-28. René Blondlot to H. Poincaré.