5-2-6. Henri Poincaré to Eugénie Launois

[Juin 1876]

Ma chère maman,

Je suis déménagé depuis hier ; je suis descendu au 1er au 6 qui est absolument homologue du 22. C’est le type Martin qui me l’a qui demandé parce que son fumiste du 4e voulait absolument du 22 et lui en offrait un prix fabuleux. J’ai accepté ; envoie-moi un chapeau. J’ai dépensé 80frs dans mon voyage.

4e journée suite.

Nous voilà donc en route de Bayeux pour des carrières où l’ont ne voit pas grand chose des champs [?] où l’on ne voit rien du tout ; un talus où l’on voit peu de choses ; le tout coupé par des intervalles de sapins dont je profite pour pioncer. Tout à coup nous voilà au milieu d’un bois. Nous n’y étions plus habitués à un tel spectacle depuis Evreux. Au milieu de ce bois ou plutôt à l’entrée, on s’arrête comme si on avait l’intention de descendre pour voir les marnes irisées ; après on change d’idée et on reprend sa marche. Un peu plus loin un château. Un facétieux prétend qu’il appartient à M. Leprovost Delaunay et [2 mots illisibles] poussé le grognement qui était dû à ce monsieur, il dit qu’il n’en sait rien.

Ainsi nous arrivons au Mollay. Là j’en suis arrivé au nègre de la pioncitude. Là nous déjeunons et je bois force cidre puis nous allons à un endroit où il paraît qu’il y a une mine de houille ; bête curieuse en Normandie. Seulement je ne sais pas pour quelle raison, nous ne voyons pas la mine et nous nous bornons à toucher le terrain houiller en la personne d’un tas de houille qui se trouvait dans les environs puis je ne sais pas trop comment nous arrivons à une gare. Nous nous embarquons, nous traversons des prairies et encore des prairies où il y a des vaches et puis encore des vaches ; et cela sur une superficie de 10 ou 15 000 hectares ([1 mot illisible] d’Isigny) et nous arrivons à Valognes ; nous traversons la ville nous arrivons à l’hôtel où on se cas avec peine. Je me loge avec Bonnefoy et Petitdidier.
Puis nous nous remettons en route par un petit chemin vers une carrière des environs. Nous tombons enfin sur cette carrière d’où nous rapporterons quelques cailloux et nous rentrons à l’hôtel en rangs et chantant un chameau.
Après dîner nous repartons armés de lanternes vénitiennes et de mirlitons et nous faisons un seul homme suivi d’un chameau au grand épatement des Valoniennes. Nous donnons même une sérénade a une [1 mot illisible] lima valoniensis qui avait eu l’imprudence de laisser sa fenêtre ouverte.
Après cela mes cocons donnent un bal dans une salle où ils couchent [?] 6 mais moi je vais me coucher.

AL 3p. Collection privée, Paris 75017.

Last edit: 8.05.2016