5-2-9. Henri Poincaré to Eugénie Launois

[Juin 1876]

Ma chère maman,

Je viens d’aller chez Bonnet sans succès, l’affaire des taupins l’occupant complètement pour le moment. J’irai le voir lundi ; j’espère qu’il sera complètement débarrassé de cette affaire qui intrigue totalement les fumistes depuis hier matin.

Voilà seulement que tu t’aperçois que nous allons avoir une guerre européenne, quand il y a six mois qu’elle est inévitable. Il est probable que nous ne nous en mêlerons pas mais les autres en profiteront pour s’agrandir. Il n’y a plus qu’un espoir c’est que les Milanais démolissent complètement les Turcs dans un délai assez court pour ne pas permettre aux autres d’intervenir. Mais il est probable qu’on les arrêterait avant qu’ils ne soient à Constantinople et les complications ne seraient qu’un peu retardées. Maintenant quelles sont  les compensations que la Prusse a demandées à la Russie. Est-ce du côté de la France, des Pays-Bas, de la Bohême ou de la Courlande.

6e journée (suite)

On descend jusqu’à la mer et on se retrouve sur la plage N qui est bien plus belle que celle de Trouville ou de Cabourg mais est absolument déserte ; après cette plage viennent des affleurements de grès et porphyre M offrant à peu près le profil suivant :

Il était difficile de marcher là dedans avec un seul œil. Aussi dans l’espace d’une minute je marchai sur le pied de Lodain (ingénieur de Caen). Je lui empruntai son marteau, je le laissai tomber au fond d’un des trous A et je le ramassai avec les plus grandes difficultés. Enfin on sort de ces affaires là et ça commence à aller mieux. On monte comme l’indique la carte ci-dessus dans du granite. On perd de vue la mer et on arrive à Flammanville F. Là mon oeil va beaucoup mieux ; seulement quand je soulève un coin du torchon qui couvre mon œil droit, Flammanville me paraît absolument lumineux.

AL 2p. Collection particulière, Paris C055.

Last edit: 28.09.2014