2-55-3. H. Poincaré to Peter Guthrie Tait

[Ca. 17.03.1892]11Lettre à la rédaction de Nature, publiée le 24.03.1892.

M. Tait ne répond pas à mon objection sous prétexte qu’elle est sans importance.22Tait (1892), réédité dans § 55.2. Je maintiens que nous n’avons aucun moyen non seulement d’assigner l’origine des forces électromotrices Thomson, mais encore d’en constater l’existence. Si M. Tait veut répondre, et s’il connaît ce moyen, qu’il l’indique. Dans le cas contraire, s’il n’est pas en mesure de soutenir une quelconque de ses critiques, et s’il préfère un autre terrain de discussion, je suis prêt à l’y suivre.33Tait répondra à cette lettre, une fois par courrier à Poincaré le 20.05.1892 (voir § 55.6), et une fois à Nature (§ 55.4).

Seulement je serai forcé d’être un peu plus long, car il me faudra passer en revue les trois reproches de M. Tait.

(1) La forme de mon ouvrage est trop mathématique.

C’est là une appréciation personnelle dont il n’y a pas à disputer. Je veux bien d’ailleurs d’une polémique sur une question de doctrine, mais non d’un procès de tendance où je jouerais le rôle d’accusé.

Toutefois il est certain que je consacre relativement peu de place à la description des expériences, et on aurait le droit de s’en étonner si je n’en donnais l’explication. Mon livre est la reproduction textuelle de mon cours ; or mes auditeurs avaient tous suivi déjà un cours de physique expérimentale, où ces expériences leur étaient décrites en détail. Je n’avais donc qu’à leur en rappeler brièvement les résultats.

(2) J’ai mal parlé de la définition de la température absolue.

Autant que je puis comprendre, M. Tait ne trouve pas ma définition mauvaise, et n’en propose pas une autre; mais, dit-il, j’aurais dû parler des expériences de Joule et Thomson, qui permettent de mesurer la température absolue.

Or j’ai décrit ces expériences à la page 164, et j’ai montré à la page 169 comment elles permettent de déterminer la température absolue.

(3) J’ai laissé complètement de côté une explication mécanique du principe de Clausius que M. Tait appelle ‘‘the true (i.e. statistical) basis of the second Law of Thermodynamics.’’

Je n’ai pas parlé de cette explication, qui me paraît d’ailleurs assez peu satisfaisante, parce que je désirais rester complètement en dehors de toutes les hypothèses moléculaires quelque ingénieuses qu’elles puissent être; et en particulier j’ai passé sous silence la théorie cinétique des gaz.

H. Poincaré

PrTL. Poincaré 1892, réédité dans Petiau, dir., 1954, 236–237.

Last edit: 19.03.2015

Références