5-2-9. Henri Poincaré to Eugénie Launois

[11/12/1873]

Jeudi

Ma bonne mère

Je ne sais pas si je pourrai achever ma lettre aujourd’hui, parce qu’il est bien tard et je viens seulement de finir mon épure. J’ai dîné hier chez Mme Valette avec Mme Olleris et Gonzalve. Un instant je me suis cru dans le plus grand embarras. En effet le général venait d’inviter Badoureau, et je m’attendais à être invité aussi et je n’aurais trop su que faire. Enfin je ne l’ai pas été de sorte que Badoureau se trouvant seul se promettait beaucoup d’ennui. Pendant qu’il était là le général a reçu la dépêche de la condamnation de Bazaine, de sorte que les anciens l’ont su à minuit et nous à 7 h du matin. Tout le monde en est bien content ici ; on dit même que nous irons à Satory. Le colonel a dit qu’il voudrait être maréchal pour le condamner et soldat pour le fusiller. 

Je n’ai rien fait hier que de me promener sur le boul avec M. et Mme Rinck et Élie et de dîner chez Mme Valette.

J’ai reçu hier une lettre de M. Brice qui me disait que Mme Brice allait tous les dimanches à St Denis que je ne pourrais les trouver qu’entre 6 h et 6 h 12 et comme c’est l’heure de leur dîner, ils pensent que je ne ferai pas de façon pour le partager.

Je n’ai toujours pas de colle. J’en aurai peut être une aujourd’hui. J’ai fini ma troisième épure qui est mieux que les deux autres. J’embrasse tout le monde.

Henri

ALS 2p. En-tête de l’École Polytechnique. Collection particulière, 75017 Paris.

Last edit: 8.05.2016