2-9-25. René Blondlot to H. Poincaré

Nancy 4 Décembre 1904

Mon Cher ami,

Je réponds à vos questions.11Aucune lettre de Poincaré à Blondlot n’a été retrouvée.

1° Je crois que quelqu’un qui ne verrait pas l’augmentation d’éclat produite par les rayons N sur la petite étincelle ne pourrait parvenir à la régler. Voici comment nous nous y prenons pour ce réglage : les pointes étant d’abord mises au contact, on les écarte progressivement avec une extrême lenteur; on voit alors l’éclat de l’étincelle augmenter d’abord avec la distance des pointes, puis diminuer ensuite. C’est vers le maximum qu’il faut s’arrêter; l’étincelle est alors sensible à l’œil, et propre à la photographie, à condition que le courant induit soit assez faible et que le trembleur marche régulièrement, ce qui est peut-être la plus grande difficulté. La sensibilité pour l’œil est beaucoup plus aisée à obtenir que la sensibilité nécessaire pour la photographie, parce que, pour celle-ci, l’étincelle doit être extrêmement faible. La sensibilité de l’étincelle aux rayons N est plus facile à constater que celle des écrans phosphorescents; Gutton nous compare à des gens qui photographieraient un objet qu’ils voient très loin, afin d’être sûrs que cet objet existe. Aussi n’est-ce pas pour nous que nous photographions.22Camille Gutton.

2° Un physicien non-voyant, comme vous dites, aurait besoin pour apprendre à faire des photographies et les réussir à coup sûr d’autant de temps que quelqu’un qui n’apprécierait pas les intervalles musicaux pour arriver à jouer juste du violon : autant dire que cela me semble impossible.33Poincaré (1904) avoua son incapacité à voir les variations d’intensité de l’étincelle.

Tranchons le mot, ces expériences sont une sorte de tour de force et elles sont à la limite de ce que l’on peut faire.

3° Il me serait impossible de me rendre à Paris : ma santé qui, bien que précaire, s’était améliorée pendant ces dernières années, a subi le contre coup des graves ennuis actuels : j’ai perdu l’appétit, et le jour et la nuit se passent pour moi dans un état très pénible.

J’ai réfléchi que la photographie au moyen du sulfure doit être impossible ou, du moins, presqu’impossible.

J. Becquerel a, en effet, constaté que l’éclat vrai du sulfure n’augmente pas, ou presque pas, par les rayons N, mais que l’augmentation apparente d’éclat serait dûe à des rayons N secondaires émis par le sulfure et agissant sur l’œil.44Jean Becquerel (1904), note présentée à l’Académie des sciences par H. Becquerel le 04.07.1904. Blondlot appelle les rayons N secondaires ‘‘rayons N1’’; selon lui ils diminuent la phosphorescence du sulfure de calcium (Blondlot 1904). Il n’y aurait alors pour ainsi dire rien à attendre de la photographie avec les sulfures.

Bien Cordialement à vous,

R. Blondlot

ALS 4p. Collection particulière, Paris 75017.

Time-stamp: "11.08.2016 22:51"

Références

  • J. Becquerel (1904) Effets comparés des rayons β et rayons N, ainsi que des rayons α et des rayons N1, sur une surface phosphorescente. Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences de Paris 139, pp. 40–42. External Links: Link Cited by: 2-9-25. René Blondlot to H. Poincaré.
  • R. Blondlot (1904) Sur une nouvelle espèce de rayons N. Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences de Paris 138, pp. 545–547. External Links: Link Cited by: 2-9-25. René Blondlot to H. Poincaré.
  • H. Poincaré (1904) Les rayons N existent-ils ? Opinion de M. Poincaré. Revue scientifique 2, pp. 682. External Links: Link Cited by: 2-9-25. René Blondlot to H. Poincaré.