5-2-8. Henri Poincaré to Eugénie Launois

[Juin 1876]

Ah ça m’as-tu envoyé mon bulletin oui ou non ce qu’il y a de certain c’est que je ne l’ai pas reçu.

6e Journée.

Le soir je me couche et je sens que j’ai quelque chose dans l’œil ; je me frotte l’autre œil sans obtenir de résultat et je m’endors. Le lendemain le quelque chose y était encore ; je me frotte l’autre œil ; keinen resultat ; je me lave à grande eau ; keinen resultat. A ce moment la situation était déplorable ; j’avais très mal et ne voyais clair ni d’un œil ni de l’autre. En regardant par la fenêtre je voyais une espèce de masse vaporeuse qui n’était autre chose que la montagne du Roule avec à gauche une ligne droite qui était un mât car nous donnions sur les bassins du port de Commerce. Néanmoins je descends et je rencontre Fuchs qui me demande ce que j’ai ; il émet l’opinion que c’est un coup d’air et me dit de me frotter avec de la chandelle je me frotte et j’obtiens ce résultat de ne plus avoir mal à l’œil droit et de voir de l’œil gauche. Je me mets de plus un torchon sur l’œil droit. Au commencement je ne vois pas grand chose mais la montagne du Roule commence à quitter son apparence nuageuse et à prendre des formes plus nettes. Nous grimpons en voiture et nous voilà en route. On monte d’abord pendant quelques temps on voit de là une vue sur la rade jusqu’au delà de la jetée. Mais je n’en ai pas une idée bien nette ; puis on traverse des prairies cotentinoises qui comme je te l’ai dit bornent le milieu entre le faciès normand et le faciès breton c’est à dire que les haies ne sont pas aussi plantureuses qu’à Viller, p. e. [par exemple], mais qu’elles renferment non des carrés de pois ou d’autres cultures bizarres, ou surtout de bruyères mais des prés avec pommiers.

AL, 3 p. Collection particulière, 75017 Paris.

Last edit: 8.05.2016