2-35-6. Gustave Le Bon to H. Poincaré

5/1/9[9]11Nous corrigeons la date ‘‘5/1/98’’ qui figure sur le manuscrit.

29, Rue Vignon (Madeleine), Paris

Cher Monsieur,

Je vous envoie, sur votre lettre même pour éviter toute confusion, la réponse à votre question.22Poincaré voulait savoir si Le Bon avait exposé les parties de sa plaque photographique à la lumière pendant un temps équivalent; voir Poincaré à Le Bon (§ 35.11). Je joins ensuite à cette lettre une note où à la suite d’anciennes expériences se trouvent celles que j’ai faites hier pour répondre à votre question : Ébonite sur et sous verre rouge.

Suivant votre aimable proposition je vous enverrai prochainement les deux notes suivantes qui sont fort distinctes :

Sur la très grande transparence pour certaines radiations du spectre de corps réputés très opaques.33Le Bon (1899a), présentée par Poincaré le 30.01.1899.

Durée de l’émission et propriétés optiques de la lumière obscure émise par certains corps après leur phosphorescence.44Le Bon (1899b), présentée par Poincaré le 16.01.1899.

Je vous exprime encore une fois cher Monsieur ma très vive reconnaissance pour l’intérêt—si précieux pour moi—que vous voulez bien porter à mes expériences et vous prie de bien vouloir agréer l’expression de mes sentiments les plus sympathiques.

Gustave Le Bon

P.S. Clichés à votre disposition si vous les désirez.

(1)55Ce chiffre entre parenthèses est un appel de note, qui correspond à la réponse, ‘‘Jamais’’, donnée par Le Bon à la question de Poincaré (§ 35.11). Non seulement la pose a été d’abord la même dans les deux cas mais de plus j’ai essayé ensuite en exagérant la pose 6h au lieu de 1h1/2 (temps nécessaire avec l’ébonite) d’obtenir du dévoilage dans l’infra rouge sans interposition d’ébonite. Jamais je n’ai pu y réussir. Le dévoilage dans l’infra rouge ne réussit qu’avec interposition d’ébonite (toujours) ou quelquefois d’un verre rouge.

Cette expérience pourrait peut-être s’expliquer comme il suit.

Le rouge (voir expériences ci-annexées) impressionne très bien les plaques à la longue mais ne les dévoile jamais. Or d’après beaucoup d’observations la lumière se propagerait bien au delà du point qu’elle a frappé. Quand nous posons longtemps le rouge du spectre peut produire un voile dans l’infra rouge et masquer ainsi le dévoilage. Interposons de l’ébonite le rouge du spectre ne peut constater le dévoilage qui alors se manifeste.

Mais alors pourquoi l’interposition d’un verre rouge produit-elle presque les mêmes effets que l’ébonite ? Peut être parce que le verre rouge qui n’arrête pas du tout les rayons infra rouge dévoilants arrête un peu l’action des rayons rouges voilants dont l’action est déjà faite dans le rouge.

Quand on a un spectre étalé par un prisme sur une plaque photographique et en ayant soin de condenser la lumière solaire sur le collimateur par une lentille on obtient les effets suivants dans les temps suivants :

  • Impression en noir dans le bleu 1"

  • Impression en noir dans le rouge 60"

  • Dévoilage dans le bleu succédant au voilage 1 heure

  • Dévoilage dans l’infra rouge sous l’ébonite 7h1/2 (environ).

Si on admet (en prenant la cas du bleu) que pour dévoiler une plaque il faut 60 fois plus de temps que pour la voiler on voit que dans le rouge je devrais avoir facilement du dévoilage or quelle que soit la pose il ne se produit jamais (sans Ébonite).

Avec les sulfures (du moins celui de zinc) la durée du dévoilage n’est pas plus longue que la durée de l’impression. L’illumination demande 1". La destruction totale de l’illumination (du vert jusque très loin dans l’infra rouge et y compris le rouge) ne demande pas davantage (sans ébonite). Avec le sulfure de calcium la durée du dévoilage est beaucoup plus longue que celle du voilage (c.à.d. de l’illumination).

Impression sous divers écrans66La suite du manuscrit vient d’une feuille extraite d’un cahier de laboratoire.

Jamais de dévoilage même après 3 jours de pose au soleil. Il y a seulement impression noire sous le verre de couleur sauf dans la partie de la plaque placée sous l’étoile métallique qui fait réserve.

Le dévoilage est à peu près le même avec ébonite dessus ou dessous le verre rouge(1), mais beaucoup moindre que sous l’ébonite seule (N° 4). Mêmes poses bien entendu. Le fond reste toujours grisâtre avec le verre rouge sur ou sous ébonite.

Dévoilage parfait.

Pas de dévoilage sous le verre vert, dévoilage médiocre sous le verre rouge recouvrant l’ébonite, dévoilage presque parfait sous le verre orangé recouvrant l’ébonite, dévoilage complet avec l’ébonite seule. Les verres colorés retiennent donc une partie des rayons dévoilants que laisse passer l’ébonite.


En résumé un verre de couleur rouge ou orangé seul ne dévoile jamais ni peu ni beaucoup(2) si on ajoute sur ou sous ce verre de l’ébonite on a un dévoilage plus ou moins complet toujours médiocre sous le rouge, presque très bon sous l’orangé.


(1) Un peu moindre cependant avec verre rouge sous Ébonite.

(2) Pour obtenir du dévoilage sous un verre de couleur sans ébonite il faut employer un verre bleu ou violet, observation confirmée par l’action du spectre prismatique sur la plaque photographique.

ALS 4p. Collection particulière, Paris 75017.

Time-stamp: "19.03.2015 01:56"

Références

  • G. Le Bon (1899a) Sur la transparence des corps opaques pour les radiations lumineuses de grande longueur d’onde. Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences de Paris 128, pp. 297–300. External Links: Link Cited by: 2-35-6. Gustave Le Bon to H. Poincaré.
  • G. Le Bon (1899b) Sur les propriétés optiques de la luminescence résiduelle invisible. Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences de Paris 128, pp. 174–176. External Links: Link Cited by: 2-35-6. Gustave Le Bon to H. Poincaré.