H. Poincaré to Matin

[03.10.1908]11endnote: 1 Lettre parue à la première page de Le Matin, N° 8985, le 03.10.1908, sous le titre “La Chance et Le Calcul”, et illustrée par une portrait photographique de Poincaré. La lettre a été introduite ainsi : Le calcul peut-il, au jeu, vaincre la chance – ou tout au moins la corriger ?
Nous avons posé la question au savant le plus capable de la résoudre : à M. Henri Poincaré, l’eminent mathématicien, membre de l’Académie des sciences et de l’Académie française. Il nous a répondu par la spirituelle et curieuse lettre que voici :

J’apprends que la question des martingales est remise sur le tapis et a soulevé quelques discussions. Ce n’est certainement pas la dernière fois et les inventeurs de martingales infaillibles sont incorrigibles.

Il n’y a pas de martingale infaillible.

Tout ce qu’on peut faire, c’est de combiner son jeu de façon à avoir beaucoup de chances de gagner peu et peu de chances de perdre beaucoup, ou, si l’on préfère, peu de chances de gagner beaucoup et beaucoup de chances de perdre peu.

On peut à volonté s’arranger pour avoir une chance de gagner cent francs contre une chance d’en perdre cent.

Ou bien que chance pour gagner un million et un million de chances de perdre un franc.

Ou bien encore un million de chances de gagner un franc et une chance de perdre un millioin (si on l’a).

Et voilà tout.

Veuillez agréer l’assurance de ma considération.

Poincaré

PTrL. Poincaré 1908.

Time-stamp: " 4.05.2019 02:25"

Notes

  • 1 Lettre parue à la première page de Le Matin, N° 8985, le 03.10.1908, sous le titre “La Chance et Le Calcul”, et illustrée par une portrait photographique de Poincaré. La lettre a été introduite ainsi : Le calcul peut-il, au jeu, vaincre la chance – ou tout au moins la corriger ? Nous avons posé la question au savant le plus capable de la résoudre : à M. Henri Poincaré, l’eminent mathématicien, membre de l’Académie des sciences et de l’Académie française. Il nous a répondu par la spirituelle et curieuse lettre que voici :

Références