2-44. Henri Pellat

Henri Pellat (1850–1909) entre à l’École normale supérieure en 1871, obtient l’agrégation des sciences physiques et naturelles en 1874. Il enseigne la physique au collège Rollin (Paris), au lycée Louis-le-Grand (Paris), et à la Maison de la Légion d’honneur (Saint-Denis). Il soutient une thèse à la faculté des sciences de Paris en 1881 sur la différence de potentiel des couches électriques qui recouvrent deux métaux au contact. En 1885 il devient maître de conférences de physique à la Sorbonne, alors que Poincaré, son cadet de quatre ans, est chargé de cours de mécanique physique et expérimentale (puis professeur de physique mathématique et de calcul des probabilités en 1886). Pellat fait toute sa carrière à la Sorbonne; il devient professeur adjoint de physique en 1893, et professeur titulaire en 1899 (Charles et Telkes, 1989, 218).

La correspondance entre Poincaré et Pellat concerne les expériences de celui-ci sur les rayons cathodiques qui traversent un champ magnétique. Elles constituent le point de départ de la théorie de la magnétofriction de Pellat, qui conduira à une controverse avec Paul Villard (1860–1934), qui assimile (1904c) ces phénomènes à ceux remarqués par André Broca. Comme ce dernier, Villard distingue deux sortes de rayons : le “faisceau hélicoïdal” et le “faisceau en tube de force”; il donne à ce dernier le nom de rayons magnéto-cathodiques. Il remarque que ces rayons ne sont pas électrisés mais que le champ électrique agit sur eux alors qu’un champ magnétique dévie les rayons cathodiques. Pellat (1904) répond que le phénomène de magnétofriction s’applique aux rayons cathodiques et non à ces rayons magnéto-cathodiques. C’est alors que Villard (1904b) met les choses au point en interprétant le texte même de Pellat : ce dernier a bien observé en réalité des rayons magnéto-cathodiques. Pellat revient encore à son hypothèse de la magnétofriction et donne à l’appui de ses affirmations l’allure des courbes obtenues mais encore une fois il est contredit par Villard (1904a), qui donne une analyse précise de ces tracés. Sa conclusion ne laisse pas de place à l’idée de magnétofriction : “Les résultats précédents ne présentent pas la moindre anomalie pouvant faire supposer l’existence d’un frottement magnétique quelconque des corpuscules.”

La neutralité électrique des rayons magnéto-cathodiques de Villard sera remise en cause par la suite, notamment par J.J. Thomson. Georges Gouy reprendra en 1909 et 1911 l’hypothèse de Pellat en attribuant aux rayons magnéto-cathodiques la même nature que celle des rayons cathodiques. Seul, A. Righi tentera jusqu’en 1918 d’approfondir l’hypothèse des rayons magnétiques (Carazza et Kragh, 1990).

Last edit: 26.05.2014

Références

  • B. Carazza and H. Kragh (1990) Augusto Righi’s magnetic rays: a failed research program in early 20th-century physics. Historical Studies in the Physical and Biological Sciences 21, pp. 1–28. Cited by: 2-44. Henri Pellat.
  • C. Charle and E. Telkes (1989) Les professeurs de la faculté des sciences de Paris (1901–1939). Éditions du CNRS, Paris. Cited by: 2-44. Henri Pellat.
  • H. Pellat (1904) Remarque au sujet d’une Note de M. P. Villard sur les rayons magnétocathodiques. Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences de Paris 138, pp. 1593–1594. External Links: Link Cited by: 2-44. Henri Pellat.
  • P. Villard (1904a) Sur les rayons cathodiques et les lois de l’électromagnétisme. Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences de Paris 139, pp. 1200–1202. External Links: Link Cited by: 2-44. Henri Pellat.
  • P. Villard (1904b) Sur les rayons cathodiques; réponse à la Note de M. Pellat. Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences de Paris 139, pp. 42–44. External Links: Link Cited by: 2-44. Henri Pellat.
  • P. Villard (1904c) Sur les rayons cathodiques. Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences de Paris 138, pp. 1408–1411. External Links: Link Cited by: 2-44. Henri Pellat.