7-2-44. André Suarès to H. Poincaré

23 octobre 189311endnote: 1 The manuscript forms part of the Suarès Estate, and was edited by Roumanet with other letters written by Suarès, several of which were never posted. It is unclear whether the document transcribed here is a draft of a posted letter, or a finished letter that Suarès did not post.

116 rue Paradis, Marseille

Serez-vous surpris, Monsieur, de la liberté que je me donne, de m’introduire moi-même auprès de vous? cependant si j’en tiens quelque titre, il ne vient que de vous, et de la célébrité de vos mérites : plus l’esprit est grand, plus il délivre soi-même et les autres : c’est pourquoi vis-à-vis de vous, Monsieur, je me sens libre.

Ce n’est pas en les louant qu’on loue le mieux des travaux comme les vôtres, mais en les connaissant. C’est à quoi je me suis appliqué le plus que j’ai pu. Je sais combien la profonde subtilité de votre génie mathématique est peu facile à persuader : vous n’êtes pas de ceux qui se laissent abuser par les symboles et les méthodes, dont ils se servent. Et c’est ainsi que non content d’être des trois premiers géomètres de l’Europe, il ne tiendrait qu’à vous d’être aussi des philosophes. Personne d’entre les vivants si ce n’est le seul Helmholtz, n’a vu plus loin, en y jetant seulement les yeux, à la fois l’impérieuse nécessité et les raisons premières de douter des principes de nos sciences. Et quant au continu mathématique -- qui est l’ordre même de toutes nos pensées, -- je sais qu’on vous en doit une idée synthétique et décisive. Il ne m’a, par malheur, pas été possible de la prendre moi-même. En vain, ai-je cherché le mémoire où vous l’avez publiée.22endnote: 2 In all likelihood, Saurès was looking for the article Poincaré published in the Revue de métaphysique et de morale, “Le continu mathématique” (Poincaré, 1893). C’est donc ici, Monsieur, que la liberté de mes démarches se fait presque de l’audace : car c’est à vous-même que je demande ce que je n’ai pas pu trouver. Mais vous êtes bien digne d’entendre que ce qui me rend si libre est ce qu’il y a de plus glorieux en vous.

Je suis, Monsieur, avec ma parfaite estime,

votre très obligé

Suarès

Anc. élève de l’École Norm. Supérieure

PTrL. Roumanet (1955, 21–23).

Time-stamp: " 8.09.2020 16:52"

Notes

  • 1 The manuscript forms part of the Suarès Estate, and was edited by Roumanet with other letters written by Suarès, several of which were never posted. It is unclear whether the document transcribed here is a draft of a posted letter, or a finished letter that Suarès did not post.
  • 2 In all likelihood, Saurès was looking for the article Poincaré published in the Revue de métaphysique et de morale, “Le continu mathématique” (Poincaré, 1893).

Références

  • H. Poincaré (1893) Le continu mathématique. Revue de métaphysique et de morale 1, pp. 26–34. Link Cited by: endnote 2.
  • A. Roumanet (Ed.) (1955) Ignorées du destinataire: lettres inédites d’André Suarès. Gallimard, Paris. Cited by: 7-2-44. André Suarès to H. Poincaré.