2-9-10. René Blondlot to H. Poincaré

Nancy 3 novembre 1901

Mon cher ami,

Je vous remercie de m’avoir répondu avec tant d’empressement. Les bois, ou plutôt les zincs destinés aux deux Notes seront expédiés demain matin lundi à Gauthier-Villars; puisque vous avez mes manuscrits entre les mains, je vous demanderais d’avoir l’obligeance de les remettre en temps utile à l’Académie.11Blondlot 1901b, 1901a. Chacune de ces deux notes comporte une figure, d’où le besoin de zincs pour l’impression. Gauthier-Villars est la maison d’édition parisienne qui publia les Comptes rendus de l’Académie des sciences de Paris; elle fut dirigée par Albert Gauthier-Villars.

Je vais essayer d’expliquer mieux en quoi mon expérience me parait en contradiction avec Maxwell : j’entends la théorie de Maxwell lui-même, en y joignant le principe de Newton sur l’action & la réaction, que Maxwell n’aurait sans doute pas voulu rejeter. Je suppose que le milieu est de l’air. Il résulte de mes expériences, jointes au Principe de l’énergie, qu’un courant de déplacement (ou plutôt l’air qui en est le siège) ne subit aucune action de la part d’un pôle. Inversement, d’après le principe de Newton, le courant de déplacement n’exerce aucune action sur un pôle : autrement dit, il existe des courants ouverts. Or la théorie primitive de Maxwell repose précisément sur l’action magnétique des courants de déplacement; autrement dit, il admet que tous les courants sont fermés : c’est de là qu’il tire l’un de ses groupes d’équations, lequel à ce que je crois, n’aurait pas lieu sans cela. Du reste, si je ne me trompe, je suis ici d’accord avec votre lettre, où vous dites que la théorie de Maxwell pourrait être renversée si celle de Lorentz l’était : or le principe de Newton que je crois devoir adjoindre à la théorie de Maxwell, renverse précisément la théorie de Lorentz.

Il me semble que, d’après mon expérience & ses conséquences, Maxwell ne pourrait subsister, même pour les corps en repos, si l’on voulait conserver le principe de Newton.22Pour les corps en mouvement, Poincaré (1900) montra que la théorie de Lorentz (1895) ne respecte pas le principe d’action-réaction, un résultat qui n’a pas troublé Lorentz (§ 2-38-1).

Excusez mon insistance, mais l’incertitude me pèse, relativement à une question que je crois importante, & qui me parait absolument claire, à moins que je ne vois tout à fait trouble ou de travers.

Fidèlement à vous,

R. Blondlot

ALS 3p. Collection particulière, Paris 75017.

Time-stamp: "10.03.2017 00:02"

Références

  • R. Blondlot (1901a) Sur l’absence d’action d’un champ magnétique sur une masse d’air qui est le siège d’un courant de déplacement. Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences de Paris 133, pp. 848–850. External Links: Link Cited by: 2-9-10. René Blondlot to H. Poincaré.
  • R. Blondlot (1901b) Sur l’absence de déplacement électrique lors du mouvement d’une masse d’air dans un champ magnétique. Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences de Paris 133, pp. 778–781. External Links: Link Cited by: 2-9-10. René Blondlot to H. Poincaré.
  • H. A. Lorentz (1895) Versuch einen Theorie der elektrischen und optischen Erscheinungen in bewegten Körpern. Brill, Leiden. External Links: Link Cited by: 2-9-10. René Blondlot to H. Poincaré.
  • H. Poincaré (1900) La théorie de Lorentz et le principe de réaction. Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles 5, pp. 252–278. External Links: Link Cited by: 2-9-10. René Blondlot to H. Poincaré.