2-30-11. Heinrich Hertz to H. Poincaré

Bonn, le 7 déc 1890

Monsieur et cher collègue,

Je n’ai pas encore vous remercié de votre dernière lettre. J’ai quelques remarques à ajouter à mes remerciements. D’abord quant au problème des trois corps. Je vous félicite de votre succès, mais permettez moi d’ajouter la prière pressante d’un physiciens pour tous de leur faire un peu plus accessible les résultats physiques de votre beau travail, peut-être par l’aide d’un élève. Par exemple ces diverses classes d’orbites, dont vous parler si légèrement, ont un intérêt immense, il me semble, pour l’astronomie physique, pour la physique moléculaire, etc., cependant je ne crois pas qu’il soit sur la terre un physicien, qui les puisse déduire de votre mémoire avec un travail raisonnable et sans revaincre toutes les difficultés, que vous avez déjà vaincues.11Poincaré 1890. Parmi les classes d’orbites que signale Poincaré dans ce mémoire on trouve celle que Poincaré nomme “doublement asymptotique”, et qu’on appelera plus tard “chaotique”. Pour une analyse, voir Barrow-Green 1997. Le goût du physicien est bien différent de celui du mathématicien, les cas spéciaux lui valent presque plus que les méthodes générales. Vous me pardonnez ces remarques.

2° Quant aux expériences de M. Joubert, je n’aurais pas cru certainement, qu’on pourrait observer des étincelles derrière un mur de zinc aussi haut et large.22Joubert 1889. Voir aussi l’annotation de la lettre de Poincaré à Hertz, ca. 29.11.1890 (§ 30.10). Comme vous, je crois au premier aspect, que cette induction ne vient pas au secondaire à travers le mur, mais fait le tour du mur, par diffraction, comme vous dites. Il serait possible de le prouver, je crois, en altérant l’épaisseur du mur et par autres moyens. Je serais très étonné, quand on verrait venir ces effet à travers le zinc. J’ai fait des observations semblables derrière des murs de 2 à 4 mètres, mais alors la chose n’avait rien d’étonnant.

Je prends la liberté de vous adresser en même temps un petit mémoire sur les équations électrodynamiques dans les corps en mouvement.33Hertz (1890), publié le 19.03.1890, que Poincaré a lu (voir sa lettre du 11.09.1890, § 30.3). Il reparaîtra en français dans les Acta mathématica.44Hertz 1891. Poincaré a reçu une traduction française de Hertz (1890) en septembre (Poincaré à Hertz, § 30.3).

Votre bien dévoué collègue,

H. Hertz

ALS 3p. Collection particulière, Paris 75017.

Time-stamp: "19.03.2015 01:56"

Références