2-48-19. Alfred Potier to H. Poincaré

23 Janvier 1905

Mon cher Confrère,

Il est impossible que vos travaux sur les fonctions fuchsiennes n’en aient pas suscité beaucoup d’autres étendant vos résultats, ou montrant quelques applications; il est probable que cette littérature a dû pousser quelqu’un à réunir les faits acquis et à condenser sous forme de livre des mémoires dispersés un peu partout. Si ce livre existe, vous me feriez grand plaisir en me l’indiquant, sinon, j’attendrai la publication du volume annoncé de l’Encyclopédie des Sciences mathématiques.11Après la mort de Potier le 08.05.1905, Poincaré (1905a) relate la question que Potier lui pose ici. Un article sur les fonctions automorphes sera rédigé par Robert Fricke (1913). Poincaré signale à Potier le livre co-écrit par Fricke et Félix Klein (1897) dans une lettre que nous n’avons pas retrouvée; voir la lettre de Potier à Poincaré du 25.01.1905 (§ 48.20).

Il y a déjà longtemps que je voulais vous le demander, mais votre communication de Lundi dernier me fournit une occasion.22Poincaré (1905b), présentée le 16.01.1905. Vous indiquez comme mesure d’un angle solide, la somme des aires des régions positives et négatives découpées sur l’hypersphère de rayon un, pourquoi cette définition qui donne 2π du dièdre droit ou π pour le trièdre trirectangle ? Ne serait-il pas plus conforme à l’usage de ne prendre que les régions positives; alors l’angle solide formé par les axes coordonnés dans l’espace à n dimensions seraient toujours égal à π2 quelque soit n ; et l’angle dièdre formé par deux plans

aixi=0  bixi=0

aura pour cosinus

aibi1ai2bi2

comme celui des deux droites

x1a1=x2a2=xnan  x1b1=x2b2=xnbn

perpendiculaires à ces deux plans et dont la définition se ramène à une intégrale simple prise entre deux points d’un arc de grand cercle sur l’hyper-sphère c’est à dire l’ensemble des points de l’hypersphère qui se trouvent sur n-2 plans distincts passant par les deux droites.

J’ai eu occasion d’observer les différences profondes que présentent les théories suivant que n est pair ou impair : ainsi si on cherche une substitution S telle qu’en la répétant on retombe sur la substitution identique (S1=1) on trouve deux substitutions, l’identique d’abord puis l’identique changée de signe; maintenant si on veut trouver une substitution qui répétée deux fois reproduise la 1re changée de signe ou symboliquement si l’on veut résoudre S4=1 ou S2=-1 on trouve qu’il n’y a pas de solution proprement dite quand n est impair tandis qu’il y en a une infinité pour n=2, 4, 8, en ce sens que l’on peut se donner arbitrairement les coefficients de la substitution pour l’une des nouvelles variables sauf un qui est nul.

Bien entendu il ne s’agit que de substitutions orthogonales conservant les longueurs et par substitutions proprement dites j’entends celles qui intéressent tous les axes coordonnés et ne sont pas les produits de substitution intéressant seulement un certain nombre de ces axes.

Vous me ferez plaisir en répondant à la question par laquelle débute cette lettre.33La réponse de Poincaré nous manque, mais Potier l’a reçue, et a écrit une lettre à Poincaré le 25 janvier (§ 48.20).

Votre bien dévoué,

A. Potier

ALS 5p. Collection particulière, Paris 75017.

Last edit: 19.03.2015

Références