4-31-2. Carl Friedrich Geiser à H. Poincaré

Küsnach–Zürich 3 Dec. 1885

Monsieur Poincaré, Paris rue Gay Lussac 66

Monsieur et très honoré collègue,

Par votre lettre j’ai appris à mon grand regret qu’il est très difficile de trouver en ce moment un jeune savant de talent, qui serait intentionné de venir professer à notre établissement le calcul diff. et intégral en langue française. Vous me communiquez que Mrs Darboux et Hermite sont du même avis et une lettre de Mr Appell me dit à peu près la même chose.

Permettez pourtant que je revienne encore une fois sur ma demande.11endnote: 1 Geiser avait déjà écrit une lettre à ce sujet; voir Geiser à Poincaré, le 11.11.1885 (§ 4-34-1). En consultant le livre publié l’année passée sur l’École normale et ses élèves, j’y trouve les noms de plusieurs mathématiciens dont l’un ou l’autre pourrait bien se qualifier pour la chaire vacante. Je pense d’abord à Mr Goursat ou à Mr Königs. Ne croyez vous pas que par l’intermédiaire du gouvernement français il serait possible d’engager l’un ou l’autre de ces Mrs du moins pour quelques années ? Je nommerais ensuite Mrs Brunel et Raffy. Quels sont les appointements de ces Mrs et quels sont les positions où ils se trouvent en ce moment ? N’a-t-il pas encore d’autres candidats dont les titres scientifiques et pédagogiques pourraient être discuté? N’auriez vous pas l’extrême obligeance de me donner un petit résumé de votre opinion sur les conditions possibles, peut-être en consultant aussi Mr Appell, qui dans sa position de maître de conférence à l’École normale a certainement des relations personnelles avec les anciens élèves de cet établissement ?

J’ose encore appeler votre attention sur le point suivant : Quand nous nous sommes adressés il y a plusieurs années à Mrs Hermite et Darboux il s’agissait d’une chaire de hautes mathématiques et alors on dirait en première ligne les qualités scientifiques des candidats. Aujourd’hui il s’agit surtout d’un bon professeur. Le titulaire actuel, Mr Méquet, n’a jamais rien publié, pourtant l’autorité supérieure de notre école a toujours été très satisfaite des résultats de son enseignement. Nous pensons par conséquent, que s’il nous faut renoncer effectivement à l’idée d’engager un homme d’un talent scientifique vraiment distingué, il nous serait du moins possible de trouver un bon professeur.

Si j’insiste tant de voir encore complété les renseignements que vous avez eu la bonté de me fournir, c’est parce qu’il ne s’agit pas seulement de la chaire vacante. Si nous ne réussissons pas, de trouver en France un successeur à Mr Méquet, il est fort à craindre que notre projet d’augmenter le nombre de nos professeurs français sera sérieusement ébranlé. Je n’ai pas à vous dire combien je regretterai cette conséquence fâcheuse.

Permettez donc, monsieur et très honoré collègue, que je vous prie, même au risque de vous importuner, de bien vouloir prendre en considération ma demande renouvelée.

Agréez les salutations les plus empressées de votre tout dévoué

C.F. Geiser

ALS 3p. Collection particulière, Paris 75017.

Time-stamp: " 9.06.2022 21:29"

Notes

  • 1 Geiser avait déjà écrit une lettre à ce sujet; voir Geiser à Poincaré, le 11.11.1885 (§ 4-34-1).